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04.11.2009


De l'eau qui coule

Une voix, dans le métro, polie, douce, prévenante. Une qui transpire la politesse (enfin!). Une voix de velours et donc un sourire. Reconnaissance. Tipping the velvet, presque. Pas mon favori parmi les romans de Sarah Waters -j'ai une telle tendresse pour Fingersmith- mais beaucoup d'émotion. Un style riche, fluide. En pleine lecture de The Falls. Encore un Joyce Carol Oates, c'était ma dernière moisson. Une plume aboutie en dépit de quelques longueurs, une saga familiale qui débute au milieu du siècle, des "disparitions" à foison, des personnages meurtris, l'eau, l'eau qui gronde, qui démantèle tout ce qui ose s'y aventurer, qui cache même les corps, qui s'infiltre, insidieusement, dans le paysage auditif de ceux qui la côtoient. Une chute vertigineuse. De quoi m'entraîner après avoir été déçue par Les Tsarines de Vladimir Fedorovski. Trop rapide, pas assez développé, bâclé sur la fin. Quel dommage de n'avoir pas plus développé les térèmes, l'empreinte politique de ces femmes qui ont dirigé la Russie. Un bon début pourtant, des connaissances historiques irréprochables, une originalité dans l'approche tant de la sphère privée que du pouvoir absolu mais une classification par chapitre très subjective et un peu décevante en l'absence d'explication. Mettre sur un pied d'égalité Catherine II, Alexandra Romanov et Tatiana Eltsine, vraiment? J'ai beaucoup aimé en apprendre sur ces femmes à la poigne extraordinaire mais un goût d'inachevé est venu teinter l'essai. La biliographie est en revanche irréprochable et il est fort probable que je me penche dessus très prochainement. Dans les semaines à venir, cependant, les 1639 pages d' "Une saga moscovite" m'attendent, de même qu'une bonne dizaine de livres achetés récemment. De quoi m'adoucir la tristesse de ne plus jamais avoir l'occasion de me faire dédicacer Triste Tropiques. J'oscille, entre littérature et cinéma après avoir vu (ou revu) depuis dimanche, que ce soit au cinéma ou chez moi, Sin Nombre, Children of men et l'adaptation de Of mice and men avec John Malkovitch. " The best laid schemes o'mice an'men gang aft a-gley." Sin Nombre, entre codes des gangs et misère de l'émigration. Un long voyage en train, sur le toit, entre soleil brûlant et pluies diluviennes, où se rencontrent Sayra, une jeune hondurienne en route vers la terre promise, au Nord, et El Casper qui s'échappe du bidonville où règne la Mara. Drogue, sexe, tatouages et violences en tout genre ne sont pas le noeud de l'histoire. Un cheminement, plutôt, dont on ne sait l'issue. A moins que le poster du tout premier plan ne soit la clef : un mur et une illusion. On peut regretter que le film serve le cliché du très jeune garçon qui après avoir commis son premier meurtre entre de plein droit dans la Mara. The Shield (sept saisons de bonheur) fait ça mieux, et sans aucune touche de bons sentiments, sans morale et sans rédemption. Infortuné Chiapas, infortuné Mexique. L'aspect hautement documentaire du rail-movie apporte néanmoins à celui-ci la légitimité qu'il lui fallait. On n'en ressort pas indemne. Je suis très curieuse quant au prochain projet du réalisateur, Cary Fukunaga (qui entre nous n'est pas vilain garçon), à savoir l'adaptation de jane Eyre (une de plus). Je doute sincèrement que l'on puisse faire plus réussi que l'adaptation BBC de 2006 en quatre parties avec Toby Stevens et Ruth Wilson, surtout en appuyant sur le côté gothique de l'oeuvre comme le réalisateur souhaite le faire. Sur ce, je vais retrousser mes manches pour ce soir préparer une pastilla au saumon et à la roquette.